Les grands fabricants américains / The great Americans bamboo rods makers

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Canne spey Hardy 1917 (Collection privée de Michel Sylvestre) / 1917 Hardy spey rod (Michel Sylvestre, private collection)

(English follows)

Depuis le début du 19ième siècle, les fabricants américains de cannes à moucher en bambou se sont forgé une très bonne réputation de fabricants chevronnés. Réputation qui se constate encore de nos jours avec les Bill Oyster de l’état de Georgie aux USA, Philip Kelley Baker du Maine, et bien d’autres à travers les États-Unis. Mais d’où vient ce savoir-faire ?

De 1800 à 1850 environ, les cannes à moucher se fabriquaient en bois exotiques: hickory, bois de fer, bois de lance et greenheart. Les grandes perches rustiques elles étaient fabriquées en frêne, en noisetier ou tout simplement construites d’un bambou naturel et d’une seule pièce. Ces cannes lourdes et fragiles pouvaient même atteindre plus de 20 pieds. Mais c’est le greenheart qui remportait la palme des cannes à cette époque avec sa belle couleur miel de sapin et une action fort agréable.

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Frederic Tolfrey sur la rivière Jacques-Cartier vers 1815 avec une grande perche anglaise de bois exotique / Frederic Tolfrey with a British exotic wood fishing rod on the Jacques-Cartier River, 1815

Malgré les qualités du greenheart, les cannes à moucher faites de bambou refendu, plus lègères et plus solides gagnèrent peu à peu du terrain. Il faut remonter aux années 1870-1880 où ce matériau s’imposa. Ce sont des américains, fruit de leur imagination et de leur travail exemplaire d’artisan que le bambou reçut sa forme moderne et quasi définitive. Ils s’appelaient Philippe, Mitchell, Green, Murphy, Norris, Orvis, Payne et Leonard. Ils ont popularisé en Amérique les cannes à moucher en bambou refendu comme on les connaît encore aujourd’hui. Il y avait bien eu des tentatives en Angleterre vers les années 1850 par la société londonienne Higginbotham qui a conçu les premières cannes en bambou refendu, mais cette tentative se solda par un échec. C’est donc à Easton, en Pennsylvanie que Samuel Philippe étudia les cannes fabriquées à partir de deux ou trois baguettes de bambou vers 1850. Et quelques années plus tard un autre américain, Thaddeus Norris inventa une canne dont le scion était fabriqué de quatre baguettes de bambou, le talon en frêne et la partie centrale de bois et d’acier. Le bambou qu’on utilisait à cette époque était du bambou dit de Calcutta.

Vers 1860, Samuel Philippe et son fils Solon tentèrent une expérience avec six baguettes de bambou pour le scion combiné à un talon comprenant douze baguettes alternant bois dur et bambou. Durant la même période, Charles Orvis tenta aussi ses expériences avec le bambou refendu. Orvis a fondé son usine en 1856 et encore aujourd’hui des artisans fabriquent des cannes en bambou refendu de grandes valeurs. Mais c’est vers 1870 que Hiram Leonard arriva sur le marché. Il s’imposa comme le plus connu des fabricants américains de cannes à pêche en bambou refendu. Il inventa une biseauteuse qui lui permettait de découper les baguettes de bambou de taille identique, ce qui constituait un tel avantage sur la concurrence qu’il en garda le secret pendant plus de 75 ans. On qualifiait même ses cannes à l’époque de « meilleures cannes du monde ».

Durant la même période, vers 1870, Hardy de Alnwick en Angleterre, gagna très rapidement une réputation internationale lui permettant de rivaliser avec Leonard. Par ailleurs, l’un des employés de Leonard, Edward F. Payne, parti à son compte vers 1895 et reçu la reconnaissance générale pour la qualité de son travail. Mais l’américain qui révolutionna les techniques de fabrication fut incontestablement Everett Garrison qui commença à réaliser ses propres modèles à la fin des années 1920. C’est à ce moment aussi qu’on détermina que le bambou Tonkin était finalement le bambou possédant les meilleures qualités techniques pour la confection de cannes à moucher. Garrison était ingénieur en aéronautique et fervent pêcheur à la mouche. Il inventa des outils permettant plus de facilité à travailler le bambou, mais il était préoccupé aussi par la « mécanique » de la canne à moucher. Il ne se contenta pas de calculer la conicité de la canne, mais prit aussi en compte l’équilibre délicat entre le degré d’humidité du bambou, la colle utilisée, les anneaux, les ligatures ainsi que le vernis. Ses cannes à pêche avaient un « effet progressif ». Elles répondaient proportionnellement à la puissance employée, et cette force diminuait de façon équivalente à partir du point de fléchissement de la canne, et ceci sur toute sa longueur, jusqu’à la pointe. Autrement dit, dès que l’énergie atteignait la mouche, elle avait été annulée. En d’autres termes, leur utilisation était très agréable.

Aujourd’hui, plus de 300 artisans américains fabriquent des cannes à moucher en bambou. Que ce soit professionnel ou simplement des artisans de week-end. Plusieurs associations regroupent ces passionnés du bambou et on perçoit depuis quelques années un retour et un intérêt grandissant pour ces cannes exceptionnelles qui ont réussi à traverser le temps.

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Collection de cannes anciennes en bambou (collection privée de Michel Sylvestre) Collection of antique bamboo fly rods (Michel Sylvestre private collection)

(English version)

Since the start of the 19th century, American bamboo fly rod makers built themselves a very good reputation of being skilled artisans. Such a reputation is still represented to this day with artisans such as Bill Oyster from the state of Georgia or Philip Kelley Baker from Maine and so much more across the United States. But where does all this knowledge come from?

During the period from 1800 to 1850, fly rods were built with exotic woods: hickory, ironwood, lance wood and greenheart. Overall, the greenheart wood was preferred at this period because of its comfortable action and its beautiful fir honey colour. Long antique fishing poles were made of ash or hazel wood, or simply made from a single culm of natural bamboo. These heavy and fragile rods could reach up to 20 feet or more in length.

In spite of the qualities of the greenheart, split bamboo cane rods, which were lighter and more solid, gradually gained ground. We have to go back to the years 1870-1880 to see this material prevail over others. It was Americans, with the fruit of their imagination and their exemplary craftsmanship, who gave the bamboo its modern and almost definitive form. They were Philippe, Mitchell, Green, Murphy, Norris, Orvis, Payne and Leonard. They have popularized the split bamboo cane fly rods in America as they are still known today. There were attempts in England in the 1850s by London-based Higginbotham who designed the first split bamboo rods, but their attempt failed. It was around 1850 in Easton, Pennsylvania, that Samuel Philippe studied rods made from two or three bamboo sticks. A few years later, another American, Thaddeus Norris, invented a rod whose tip was made of four bamboo sticks, its butt of ash wood and the central part of wood and steel. The bamboo used at that time is called Calcutta bamboo.

Around 1860 Samuel Philippe and his son Solon attempted an experiment with six bamboo sticks for the tip combined with a butt consisting of twelve sticks alternating hardwood and bamboo. Charles Orvis also tried to experiment with split bamboo during the same period. Orvis founded its factory in 1856 and it is still run by craftsmen making highly valued split bamboo rods as of today. But around 1870, Hiram Leonard arrived on the market – he built himself the reputation of the best-known American manufacturer of split bamboo fishing rods. He invented a beveller that allowed him to cut bamboo sticks of identical size, which was such an advantage over the competition that he kept his secret for more than 75 years. These rods were even described at the time as « the best rods in the world ».

During the same period, around 1870, Hardy of Alnwick, England, quickly gained an international reputation enabling him to compete with Leonard. In addition, one of Leonard’s employees, Edward F. Payne, started his own business around 1895 and received general recognition for the quality of his work. But the American who revolutionized the manufacturing techniques was undoubtedly Everett Garrison, who began to make his own models in the late 1920s. It was also then that Tonkin bamboo was finally recognized as the bamboo possessing the best technical qualities for making fly rods. Garrison was a fly fisherman and also an aeronautical engineer: he invented tools that makes it easier to work with bamboo, but was also concerned about the « mechanics » of the fly rod. He did not just calculate the taper of the rod, he also took into account the delicate balance between the glue used, the degree of moisture of the bamboo, the guides, the ligatures and the varnish. His fishing rods had a « gradual effect »: they responded proportionally to the power employed. The force decreased equally from the flexing point of the rod along its length to the tip top. In other words, as soon as the energy reached the fly, it had been cancelled – they were very pleasant to handle.

Today, more than 300 American craftsmen make bamboo fly rods whether they are professionals or just weekend craftsmen. Several associations gather these bamboo enthusiasts and we have seen return for some years a growing interest for these exceptional fishing rods that have stood the test of time.


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